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… tout disparaîtra

Le jeudi 28novembre vu par Hubert

Apres un réveil matinal, sur une belle plage d’Arraial de Cabo Frio, nous décidons de tracer vers Rio. Nous visons d’arriver vendredi matin afin d’écumer les bars tout le week-end. L’ambiance est détendue, depuis notre arrivée au Brésil, les conditions de navigation sont excellentes. Nous avons du vent au largue serré (~100° d’angle entre le vent et la direction du bateau) ce qui nous assure une belle vitesse, du soleil, aucun nouveau souci (même si nous n’avons toujours pas de pilote automatique et que nous limitons le moteur pour pas l’user).
Le matin, un vent faible et face nous aide à contourner l’île de Cabo Frio, et dans l’après-midi, nous nous apprêtons à tirer des bords vers Rio, et nous ne mettons personne de quart pour la première fois du voyage… Vers 17h, Guillaume dort, Nicolas lit Virginie Despente et je regarde la part des anges, nous sommes tous les trois à l’intérieur. Or nous sommes sur un bord à la côte, il y a environ 15 nœuds de vent de sud est et quelques gouttes de pluie. Soudain, nous talonnons! Notre quille touche le banc de sable à environ 300m de la plage, nous sortons, choquons les écoutes, essayons de virer impossible.
On démarre le moteur, il ne peut rien non plus. Les vagues implacables nous pousse toujours plus à la côte… le bateau est bien gîté, la quille raclant le fond, nous arrivons (ce n’est pas le bon terme mais bon) sur la plage de Saquarema par le safran tribord qui se casse sous la contrainte. Nous stoppons le moteur, le bateau est à une vingtaine de mètres du bord, couché (les ballast tribord se sont remplis d’eau).
C’est la merde.
La suite des événements est un peu flou dans ma tête, je me souviens de questionnements sur ce que nous devons faire pour sauvegarder le maximum, d’une débauche d’énergie pour les actions décidées, de moments d’abattement au vu des conséquences de mon irresponsabilité…
Le jour tombe, nous avons mis notre grosse ancre et 50m de chaîne sur la drisse de spi. Nous avons appelé les secours (par téléphone car personne ne répondait sur le canal 16 de la vhf). Nous avons commencé à vider le bateau pour mettre à l’abri de l’eau. Nous sommes en combinaison néoprène, nos affaires s’entassent sur la plage, il pleut et on perd nos frontales une a une. Bref c’est joyeux et heureusement l’activité nous réchauffent et occupe l’esprit. Nous déplaçons nos affaires hors de portée de la marée haute, couvrons autant que possible avec une voile ce que nous devinons craindre l’eau (il fait nuit je vous rappelle). On monte une tente. Un ange arrive, Luiz Carlos Sanchez, gardien de plage qui dépensera une énergie folle à nos côtés cette nuit la et toute la semaine à venir.
Les secours arrivent en 4×4, nous annoncent qu’il faudra venir faire les déclarations d’arrivée des que possible, qu’ils n’ont passe bateau pour nous tirer de la. Des locaux nous aident à tirer nos affaires du bateau et s’emparent de nos réserves d’alcool. Tout ça nous occupera jusqu’à 3h du matin.

Le jeudi 28 novembre et la suite par Guillaume

« Mais on est trop confiant trop fatigué trop habitué à notre routine. La mer la vie ne se traverse pas sans regarder où on va, il faut faire son chemin. Un grand choc et puis la panique le bateau à 45° on s’affaire sur le pont affaler les voiles faire gîter le bateau moteur à fond. On a touché le sable du rivage. Mais les vagues sont trop fortes l’hélice est déjà hors de l’eau et le bateau vient comme un bout de bois remonter petit à petit sur la plage. Message de détresse, fusée, le naufrage. Et puis l’adrénaline va devenir notre pain quotidien, une semaine de galère. Les vagues sont énormes les deux premiers jours. Des vitres explosent et le bateau se rempli d’eau puis de sable. On entends craquer, on vide le bateau démêlons les bouts en étant projeté à chaque vague sur le pont du bateau maintenant presque à 90° du sol. « 

Des nuits courtes sur là plage et des journées immenses sous un soleil qui marque la peau dès 8h. Mes lèvres ont explosés le deuxième jours. Mon frère et Nicolas ne supportent plus d’entendre le bateau craquer et décident de sortir le bateau par la terre. Je voulais sortir par la mer mais les vagues des premiers jours paraissaient infranchissable . Après la mer s’est calmé pas la terre. Combien de tâche toujours plus stressante plus éprouvante pour le bateau et pour nous qui impuissant mais affairé passons nos journées ce monde étrange des naufragés. Les gens nous apportent à manger ou viennent prendre un selfi devant ce spectacle. Tirer le bateau par deux tractopelles creuser un trou pour enlever la quille, tirer le bateau jusqu’à un chemin praticable, enlever le mat et charger le bateau sur une remorque. Combien de fois on a pensé perdre encore plus le bateau ? Tout les jours vraiment parfois plusieurs fois. Meme le trajet pour Rio était digne d’un oss117. Mais le cœur des gens nous a aidé à garder a garder le moral. Ils travaillent comme des bovins mais ils sont très gentils.

Pour avoir plus de détails sur les événements (du bateau) :
Lors de notre dernière navigation nous n’avions pas donné de quart c’était une journée qu’on a pris à la cool et personne n’était dehors ou ne vérifiait la cartographie activement.
La puissance des vagues sur la plage du naufrage ne nous a pas laissé la moindre chance de sortir seul et c’était la marée haute. Un banc de sable d’environ 50 mètres nous séparait de l’océan et provoquait plusieurs barres de vagues.
Il y avait bien une grande marée 3 jours après notre arrivée. Mais en tentant d’ancrer le bateau par l’avant face aux vagues sans succès il s’est calé offrant son flanc.
Les vitres du bord exposé vont exploser et le bateau se remplit d’eau et de sable le deuxième jour, alors tout craque. En réalité ce ne sont « que » les meubles du bord en question mais sur le coup ces bruits nous paraissent funeste.
On accepte l’aide de deux locaux et de leurs tractopelles pour sortir le bateau en le tirant sur la plage, nous ne sommes pas les premiers, ils ont donc une expérience en la matière.
La première nuit ayant été épuisante, nous manquons de lucidité et on arrache un taquet avec le tracteur. Finalement en tirant par la quille et le davier à l’avant, le bateau glisse jusqu’à la dune sèche de la plage, premier pas et soulagement.
La manœuvre pour enlever la quille est très pénible, celui qui travaille avec son tracteur est aussi délicat que son outil et la communication très difficile. Quelques tiges filetées qui tiennent la quille sont tordues dans l’opération et la couche superficielle de la coque est marquée par la pelle hydraulique…
Puis le bateau est littéralement traîné sur 500m pour atteindre un endroit où le charger sur un camion.
Le démâtage se fait plutôt bien.
Le chargement sur la remorque est en revanche un nouveau cauchemar. Le bateau à moitié posé sur la remorque à moitié tenu par les pelles/grues, le camion s’embourbe et ne peut plus manœuvrer. Après quelques péripéties bien désagréables on « réussit » à tirer le bateau sur la remorque comme une baleine morte. Enfin c’est fait avec une nouvelle cicatrice pour la coque…
C’est fait, c’est fait reste encore le trajet pour Rio…. Départ à 1h pour 50 km, le chauffeur est un gag, il n’a absolument pas prévu d’itinéraire… On s’engage dans une pente à 15°, il change de vitesse aux pires endroits ça sent bon l’embrayage et puis à un virage ça ne passe pas, certaines roues motrices font du hors-sol. Mais il décide de laisser quelques traces de gomme pour être sur. Alors jolie descente en marche arrière nouvel itinéraire par le centre ville. Voie de bus alors que le jour s’est levé on a perdu du temps et voila que la ville s’anime. Un virage qui semble difficile Nicolas avise le chauffeur que c’est le moment propice pour manœuvrer, ce dernier est plutôt dans la percussion et se met à cheval sur le terre plein, bloqué. Un camion poubelle nous sort alors que le notre laisse de nouvelles marques sur la chaussées.
A présent escortés par la police municipale on finit le trajet.
Nous voila à sec dans le port où nous allons réparer notre bateau

Une réponse sur « … tout disparaîtra »

Bravo les gars vous avez franchi ce cap ;ça sent le vécu
L’adversité vous construit et vous laissera des souvenirs sans doute plus impérissables que certaines escales Je vous aime Papa

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