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Notre transat sur Code Rouge: Deuxieme semaine

Vendredi 11
Je passe une nuit agitée avec une crise d’allergie, l’humidité du matelas, le lait en poudre, le boudin noir portugais sont les suspects. Guillaume assume le rôle d’infirmier avec brio, il me rassure, me donne un cachet de cetirizine, je ne dirai pas tout va bien mais ça va mieux.
Toute la fin de nuit et la matinée nous avançons à la voile, puis moteur par intermittence. Quelques orages nous passent, journée classique en somme. Le vent tombe avec la nuit, le moteur va de nouveau être sollicité. Petit pois carotte ce midi, purée saucisse le soir, on est à la cantine!
Soudain j’aperçois un évent et un deuxième ! C’est des baleines ou peut-être des cachalots on les rattrape on tourne autour, ils continuent leur route imperturbables. Ils plongent puis réapparaissent dans notre arrière on retourne les chercher. On se demande leur vitesse de pointe, leur capacités d’apnée, comment faisaient les chasseurs en barque, sont ils en train de dormir? Une belle rencontre néanmoins!

Samedi 12
En théorie, nous sommes sortis du pot au noir, effectivement il y moins de calme et nous avançons au près dans un vent qui parfois monte jusqu’à 20 noeuds mais en moyenne plutôt vers 10. Beaucoup de prises et de lâcher de ris, les quarts s’enchaînent. Nos journées s’écoulent jamais vraiment monotones jamais vraiment nouvelles. Nous progressons lentement aussi notre environnement change à la même vitesse. Hors quarts, chacun s’occupe, lecture, films, jeux vidéo, cela ressemble à un dimanche pluvieux à la maison. Heureusement quelques débats (chasse, tel acteur, existe il des nuages du matin et des nuages du soir…)viennent ponctuer ce temps qui passe, le plus souvent ils meurent de la limite de nos connaissances qui arrive assez vite.
Cette nuit un oiseau est venu se poser sur notre bateau! Il a commencé par se cogner contre les filières pour finir sur le bout dehors, l’endroit le plus accessible mais aussi le plus humide… il s’est installé et lors du quart de Quentin, il marchait même sur le pont.

Dimanche 13 
Cela fait deux jours que nous devrions être au travers dans 15 nœuds de Sud Est, et à la place nous avançons péniblement au près dans 10 nœuds de Sud Ouest, exactement notre direction. Je vais recharger une météo mais sans compter dessus ca fait deux jours qu’elle est aux fraises… Comme prévu, aucun modèle ne prévoit le vent qu’on a. Je vais finir par donner raison à Nicolas qui fanfaronne « de toute façon, la météo c’est de la merde, j’ai lu un bouquin d’un mec qui a fait cette route y a 50 ans, il a fait que du près ».
Dans la matinée je commence le nettoyage des coffres arrières, je vais devoir attendre qu’on vire pour finir. 
Je développe un rapport au temps assez étrange, tous les jours il faut trouver une réponse à : qu’est ce que je vais bien pouvoir faire aujourd’hui ? 
Enfin le vent a tourné, il est maintenant à 60° de notre route, on est toujours au près mais au moins on ne tire pas de bord. Et non il n’a pas rattrapé la météo, l’écart s’est amplifié au contraire. L.O.L. comme disent les jeunes.

Lundi 14
J’ai fini de nettoyer le coffre arrière, plein d’eau et de diesel…. il faudra vérifier quel jerrican fuit et refaire l’étanchéité des coffres.
L’après-midi est compliquée, nous avons eu une alarme sur le niveau d’huile du moteur, seulement pour refaire le plein et surtout le niveau il faut un moteur froid. On a donc attendu dans un trou de vent sur un mer hachée, pas le plus agréable. 
Le vent est monté dans la soirée et dans la bonne direction ! Nous pouvons faire cap au Sud Ouest dans une brise établie!
Nous assistons aussi à la chasse des fous de Bassans! Enfin d’oiseaux blancs, tête jaune et extérieur des ailes noir, je pense que c’est des fous de Bassans. Ils suivent Code Rouge qui fait office de rabatteur en faisant décoller des poissons volants. A ce moment, les fous plongent en piqué puis rétablissent pour tenter de rattraper le poisson. Superbe mais pas si efficace que cela même si en persévérant ils finissent par y arriver.

Mardi 15
Enfin! Une journée entière avec du vent d’alizé ( Sud Est 15 noeuds) avec des passages de beaux nuages qui le font monter à 20 parfois 25 nœuds.
Malgré un courant contraire (et forcément contraire à la théorie), nous avançons bien! 
C’est la journée du passage de l’équateur à 10h, que nous célébrons comme il se doit ou plutôt comme nous pouvons. Quentin officie en tant que Poséidon pour le traditionnel verre d’eau de mer, que nous rincerons avec un grog capverdien et la canette de bière rescapée que nous partageons tous les 4.
Nous continuons les réjouissances avec des pizzas ce midi et même des m&m’s en dessert! 
L’après-midi, les quarts se suivent toujours sous des passages forcissants. Nicolas fait le singe dans le mât pour aller récupérer le lazy jack (un montage poulie et garcette facilitant l’affalage de la grand-voile) ainsi qu’une drisse de pavillon au niveau des premières Barres de flèches. Le coffre arrière étant enfin « propre » et accessible je peux aller tester le vérin du pilote automatique. Il ne s’actionne pas, ce qui peut être une bonne nouvelle pour le calculateur ! Ce dernier est peut-être fonctionnel ? Réponse au prochain épisode… je le déloge et je verrais demain au sec ce qu’il en est!
A part ça, c’est la routine! Je crois qu’on a tous hâte d’arriver!
Normalement dans deux jours c’est Fernando de Noronha, une île réserve au large du Brésil. Cela coûte un bras (110e par personne par jour) mais bon ça doit les valoir. Bien entendu, aucun d’entre nous s’est penché sur la question. Qui vivra verra!
Nous finissons la journée avec une bouteille de vin en apéro suivi de pâtes l’huile et ail. Nicolas et moi évoquons nos amis parisiens, un de nos amis a annoncé son mariage, nous allons le manquer… Ils nous manquent bien sûr, nous regrettons de n’avoir pas fait de fête d’adieu. J’espère que la distance prise s’estompera au retour. Cela dit si je pense à un apéro vin fromage amis, je ne saurais lequel des trois me manquent le plus en ce moment!
Le vent est établi à 20 nœuds, nous avançons confortablement au travers sous 3 ris et petit génois à 5 noeuds.

Mercredi 16
J’ai assez mal dormi, l’humidité ambiante est vraiment désagréable, je n’avais pas du tout anticipé cela. Au réveil je sors le matelas et hisse la housse dans les haubans pour faire sécher le tout. On verra si c’est efficace. Encore 1 jour et demi avant Fernando.  Notre ordinaire se monotonise lui aussi, je « cuisine » une salade riz champignons maïs haricots verts thon, comme la veille…
Le vent monte, nous naviguons grand voile haute, petit génois et trois ballasts bâbord, nous filons quand même à 7 nœuds travers au vent. C’est un vrai plaisir de barrer, le bateau est gité mais stable, rapide et réactif. A l’intérieur, cela reste viable malgré la chaleur moite, il faudra penser à un système d’aération. Nous envoyons des draps dans les haubans pour les faire sécher. En fin d’après-midi, ça retombe je vide le ballast arrière mais oubliant de refermer toutes les vannes, les autres vont se vider pendant la nuit…
Dans la soirée, Nicolas tente d’échapper à un nuage, s’il esquive la pluie le vent lui l’a rattrapé, nous passons sous 2 ris (notre surface de grand voile est diminuée de moitié).

Jeudi 17
La nuit est rapide, sèche sauf embruns, au matin nous sommes à 50 miles de Fernando, et comme nous avançons toujours à 7 nœuds de moyenne, cela diminue rapidement. 
A 10h Guillaume prenant son quart repère le pic et les deux collines de l’île. Quentin, Nicolas et moi étions accaparés par le tanker qui nous passait devant…Cap dessus! Il reste 18 miles! 
On passe sous une première île, puis on déboule au milieu du mouillage et la surprise il y a facilement une centaine de bateaux… mouiller l’ancre va s’avérer complexe. Le tuyau de la pompe à ballast se déloge quand on essaie de les vider, résultat: des centaines de litres d’eau à sortir du bateau. Et il n’y a plus beaucoup de place, nous repérons un premier trou mais qui s’avère trop petit, on recommence et cette fois c’est la bonne!
Ca y est! Après 15 jours de mer, nous sommes au bout de notre transat. Il nous faudra galérer à ramer contre le vent pour toucher la terre mais les sourires sont larges lorsque nos pieds foulent le sable. J’avais presque envie de continuer mais le manque de lait, de chocolat, et de fruits est fort.
On s’installe à un bar pour déguster la Corona célébrant la fin de la transat, les formalités attendront. En annonçant un problème moteur et notre envie de repartir le lendemain, nous réussissons d’ailleurs à ne pas payer pour le mouillage ou le droit de passage sur l’île. On s’attendait à 100€ par jour et par personne alors c’est un soulagement bienvenu.
Le soleil se couche dans un autre bar avec vue, et nous découvrons la vie nocturne de l’île, il y a un planning des soirées tournants entre les bars, ce sera donc concert de reggae. Ca tombe bien c’est le style préféré de Nicolas… ou pas. Mais peu importe finalement, nous sommes restés confinés à 4 pendant longtemps, danser, parler avec des inconnus, se déplacer sur plus de 10m cela nous manquait.

Vendredi 18
Au réveil, Nicolas et moi partons découvrir l’île, Quentin part la découvrir à moto, et Guillaume se détend peinard. Fernando de Noronha fait 10km de long sur 3 de large, la moitié est un parc naturel où l’on ne peut rentrer sans guide, nous nous contenterons du reste! Au pied du Pico Morro (le point culminant un phallus rocheux de 300m), nous plongeons sur la plage de Boldro et la nous prenons une claque. Je n’avais jamais vu autant de poissons différents aussi concentrés, de toutes les couleurs (des arc en ciel bling bling au camouflage tacheté), de 5 cm à 1m, chacun avec sa nage. C’est un moment privilégié, une tortue se laisse accompagner sur 50m. En sortant de l’eau, j’éprouve un sentiment de joie profonde et de gratitude. Nous longeons la côte de plage en plage, la beauté de ses baies nous précède. C’est après 6h de balade (et une excursion illégale dans le parc mais chut!) que nous nous posons pour grignoter un sandwich et une glace pour 25€… Et oui vie sur l’île est très chère, la plupart des touristes sont des brésiliens très à l’aise. Difficile de trouver des bières bouteilles à moins de 4€. (On a le référentiel de prix qu’on peut)

Samedi 19
Nous repartons de Fernando! Chacun a su profiter l’île à sa manière ! Après un déjeuner saucisse frites sur la plage, nous relevons l’ancre et longeons l’île sous génois seul pour la contempler un peu plus. Il fait un joli temps pour partir, le vent est bon, le soleil haut, et le moral aussi. Vers 15h nous sortons des dévents de l’île, la grand voile monte sur le mât et c’est reparti pour le dernier saut de puce de notre transat.
Au bout de deux heures, sous l’influence du vent forcissant et de la nuit tombante, on prend deux ris. les premières nuits en mer ne sont jamais vraiment reposantes, il faut se réhabituer aux bruits à la gité et aux quarts.

Dimanche 20
La journée commence doucement, grasse matinée pour certain, chill sur le pont pour d’autres. En fin de matinée, nous remettons la gv haute et avançons à 6 nœuds vers Jao Pessoa en route directe, tout va bien a bord. Nous profitons des courses faites à Fernando pour déguster des sandwichs! Je dis bien déguster, nous étions tous en manque de pain, de fromage et de jambon!
Tout va tellement bien à bord que sous l’énergie de Guillaume, nous essayons de faire du wakeboard derrière le bateau. Après quelques essais de mise au point, nous sommes rodés  et c’est un plaisir de se faire tracter en mer à 150nm des côtes! 
Le soir, c’est saucisses purée, toujours les mêmes questions sur la quantité, soit disant je peux pas en faire trop… il en restera pendant 24h!
A 22h nous prenons deux ris pour la nuit, le vent qui forcit et aussi pour ne pas arriver trop tôt.

Lundi 21
Assez tôt, nous apercevons la côte ou plutôt la ville! C’est New York, il y a des dizaines de tours! Nous qui pensions arriver dans une petite ville…. Et on se retrouve face à un champ d’immeuble tout le long d’une grande plage.
Nous devons rentrer dans le fleuve pour atteindre la marina, mais le vent tombe et nous sommes devant le chenal … Très lentement, en tirant de nombreux bords, nous remontons la rivière et arrivons à la voile jusqu’au ponton! Je n’y croyais pas du tout jusqu’à la dernière risée (rasade comme dirait Quentin) adonnante qui nous permet de toucher quai!
L’accueil de la marina est excellent, Francis, Jean-pierre et Nicolas sont prévenants et organisés! Quels sont les formalités à faire, ou trouver ceci, cela, qui sont les bons artisans ils ont toutes les réponses! Et de plus la cuisine de Jean-pierre est succulente! L’après midi, il y a un gros chantier rangement nettoyage de fond en comble par Nicolas et moi! C’était bien nécessaire!

Je ne sais pas s’il y a une conclusion à tirer de cette traversée à 4 sur Code Rouge.
En tout cas, la prochaine fois, nous ne lésinerons pas sur les petits plaisirs culinaires, nous ne ferons pas d’apéro la veille d’un départ, nous nous documenterons sur les oiseaux, poissons, et étoiles que nous croiserons, nous aurons un système d’aération, ainsi qu’un pouf pour barrer poseyyy (Il parait que ca s’ecrit comme ca maintenant) et nous en profiterons pour faire d’autres nouvelles bétises.
Au niveau des soucis techniques, nous avons consommé un plein d’huile en 50h de moteur (c’est potentiellement très grave), nous avons une fuite de diesel sur le capot de la pompe d’injection (c’est pas très grave mais pas écolo), nous n’avons toujours pas d’anti-siphon ni de clapet anti retour (cela peut être grave mais le risque d’occurence est faible). Bien sur notre pilote fait des siennes de nouveau, le verin fuit de l’huile et le calculateur a de nouveau un court circuit, comme à l’arrivée à Las Palmas… Notre GPS a un court-circuit. Notre capot avant et notre pied de mât ne sont pas étanche (et non ca ne facilite pas l’aération), 2 de nos chandeliers doivent etre refixés.


La suite au prochain numéro!


2 réponses sur « Notre transat sur Code Rouge: Deuxieme semaine »

Ami de votre Père et voileux je me régale de votre récit
j’ai maintenant 88 ans et je navigue grâce au récit de ceux qui sont en mer/
Je suis actuellement un ancien équipier qui est escale forcée de la Patagonie

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