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Notre transat sur Code Rouge: Première semaine

Mercredi 02 le départ
Réveil de très bon matin pour regarder la france battre les usa au rugby, toujours un plaisir. Nous avons tous un belle gueule de bois après une chouette soirée d’au revoir. D’abord nous avons reçu les français sur notre bateau, Alain et ses drôles de dames, Michel et son équipier(?), Bernard et un ouessantais, les deux vieux loup de mer ou piliers de bar (est ce que l’un implique l’autre?). Un première partie de soirée se passe avec terrines,vin et saucisson, ambiance de partage sympathique même si Nico et moi avions la moitié de la moyenne d’âge du reste du groupe. Pendant ce temps, Guillaume et Quentin ont préparé la deuxième partie de soirée. Ils nous rejoignent sur la fin au moment où le dernier invité nous parle de ces soucis gastriques qui risquent de précipiter un retour en France. Énorme fou rire de Quentin qui avait une discussion d’une toute autre teneur avec nos voisins italiens! Ces derniers se joignent à nous pour la suite de la nuit. Il y a Guilio dit Veccio le capitaine cheveux blancs large sourire l’assurance et la classe italienne, il t’adresse un mélange d’italien et d’espagnol sans se soucier de ta compréhension. Avec lui, son équipier peu bavard ne parlant qu’italien et Pere un bateau stoppeur de Malaga qui voyage avec eux depuis les Canaries vers le Brésil. Les conseils avisés de Vecchio sur le littoral brésilien (et les femmes brésiliennes) tout cela se mêle et s’arrose des dernières bières et bouteilles de nos bateaux respectifs. La nuit nous emmène jusqu’à des incroyables spaghettis pesto servis par le chef Veccio pour conclure une belle soirée! La prochaine fois nous ferons ça l’avant veille du départ… Le matin donc et malgré le souvenir persistant de l’éthanol ingéré, nous faisons les dernières courses, les derniers au revoirs téléphoniques et laissons à Guillaume le temps de revenir dans la course! Attention pour la caméra, moteur et action! Nous partons pour (on l’espère) deux semaines de transat vers Recife au Brésil. Sortie de la baie, on hisse la grand-voile puis le génois, je lance déjà un « on envoie le spi? », l’équipage avec raison modère cette ardeur peu prudente après 3 semaines à terre et peu de sommeil en réserve. Je m’installe néanmoins à la barre sous génois, ca file en papillon sous 15 noeuds de Nord, on slalome entre les îles de Sao Vincente et Santo Antao. Puis nous nous retrouvons dans la pétole… le pot au noir déjà? Les fichiers météo ne prévoyaient pas cela du tout (de la science-fiction tout cela clame Nicolas) et en plus le pilote qui marchait en début d’après-midi fait de nouveau des siennes… On réunit le conseil d’équipage sur fond de calcul d’autonomie en eau, en diesel, de quart sans pilote finalement on décide de continuer mais pas de moteur tant qu’on est pas au pot au noir. On dérive puis dans la nuit le vent revient.

Jeudi 3
Après une nuit bien méritée et surtout nécessaire, une nouvelle journée s’annonce sous de meilleures auspices. Nous avons une brise faible mais suffisante pour avancer à 4 nœuds, tantôt au sud, la plupart temps à l’ouest. Ca tombe bien, c’est notre intention de faire de l’ouest jusqu’au méridien des 27°W. A cette longitude, le pot au noir semble plus serré et c’est dans cette zone que tout le monde passe (les coureurs du Vendée Globe, de la transat Jacques Vabre, nos pairs quoi!). Nous essayons de diagnostiquer le pilote mais pas de souci jusqu’à la sortie de la carte puissance… nous utilisons notre joker « envoi d’un mail à un ami » et attendons la réponse de SMCC. Pour nous consoler, Nicolas nous mijote une purée saucisse pimpée à la soupe d’hier et aux oignons!

Vendredi 4
Du vent d’Est bien établi qui correspond aux prévisions, une matinée nuageuse qui ménage notre peau, que demande Code Rouge? Le spi est sorti, le cap est mis au Sud et les sourires fleurissent. Il y a une telle ambiance printanière que Quentin fait une lessive! Dans la foulée sous son quart, nous pêchons non pas un, ni deux, mais bien trois poissons de taille et famille différentes mais nous sommes bien incapables de les distinguer… sont-ils comestibles ? Réponse demain! Après pêche durable avant tout, nous enlevons les lignes, ce n’est pas la flemme ou la fatigue des affalages et renvoi de spi qui raisonne ce choix non non. L’après-midi s’écoule à belle vitesse sous spi. On retiendra la courge achetée à mindelo qui nous offrit un déjeuner et un dîner presque gourmets. La nuit tombe vite, on affale le spi avec habitude et dextérité. Elle s’écoule de quart en quart sous les étoiles qui disparaissent parfois sous des nuages libérant ça et là des éclairs.

Samedi 5
Le vent est légèrement tombé et a tourné vers le Nord, cela ne nous arrange pas mais ce n’est pas handicapant non plus. Un petit test moteur nous fait ouvrir le capot et resserrer les injecteurs, on rallume et… ouf le bruit qui nous avait inquiété a disparu!
On referme et on renvoie le spi! Comment ça on se répète ? Effectivement cette journée ressemble à la précédente, néanmoins c’est agréable. Code Rouge file à 6 nœuds vers le Sud, on croise les doigts pour un pot au noir étroit!
Le soir Nicolas se lance avec brio dans la confection d’un pain, cuisson à la cocotte puis poêlé pour faire une croûte. C’est tellement réussi qu’il va prendre la confiance et dans la foulée, tenter le gâteau au chocolat, nous avons trouvé notre boulanger pâtissier!

Dimanche 6
Ca y est cela commence! Au premier changement de quart le matin, le vent forcit d’un coup et la pluie tombe en trombe.
C’est les grains du pot au noir! Nous y sommes.
Quentin Guillaume et moi, nous commençons donc la journée par une bonne douche, le bateau comme trois de ses occupants retrouvent un aspect plus présentable. La journée s’écoulera en alternant les douches et les bains de soleil, parfois au moteur, parfois à la voile. On fait une lessive, on étend, cela sèche puis on se fait surprendre, c’est de nouveau trempé… Il y a une fuite au pied de mât, les savons entreposés à cette endroit ont pris l’eau, ainsi que leurs voisines les lentilles… au menu ce soir, petit salé aux lentilles! On se régale et en plus il y en aura pour demain. La nuit se passe calmement au moteur.

Lundi 7
Vers 9h sur mon quart, on retouche du vent. Le génois monte, et en-avant, Code Rouge prend sa gîte et descend au sud à 4 nœuds. (Plus ou moins 8 km/h, on irait plus vite en courant mais on manque de foi). Au bout de 2h, un nuage s’approche, je demande à prendre un ris et on fait bien car 5′ plus tard le vent monte sous le nuage à 20-25 nœuds avec bien sûr une pluie bien fournie. Cela est de courte durée mais on fait bien de rester vigilant! 
La journée s’écoule doucement, les menus dictés par la conservation des aliments. Un de nos sac à patates subit l’attaque de la moisissure ? Bim, c’est l’occasion d’essayer une tartiflette dans la cocotte! 
Pour varier, on change d’heure et on inverse nos quarts, d’un coup c’est dur à suivre! La nuit commence par deux heures de douche au moteur pour Hubert et finit par Guillaume faisant du près vers le sud-est.

Mardi 8
Hier, on a installé la gopro pour prendre une timelapse de notre journée, on verra ce que cela donne! 
La météo est toujours très changeante, mais le modèle européen nous prévoit l’enfer un pot au noir qui se déplacerait avec nous jusqu’à dimanche prochain… les météorologues américains sont plus optimistes, pour eux jeudi midi nous sommes tirés d’affaires. Nous sommes rentrés dans la Zone de Convergence Inter-Tropicale dimanche matin à la latitude 12°15.4N, nous sommes maintenant 180 miles plus au sud, et ce serait la moitié ? En fait il y a une dépression tropicale en formation dans notre Nord Est, et cela crée un appel d’air élargissant le pot au noir. Quand en verrons nous le bout?
On envoie le spi pour profiter d’un flux propulsant Code Rouge à la folle vitesse de 3 nœuds. On affale pour éviter un nuage et on renvoie pour s’occuper. Nous subissons encore une fois un coucher de soleil assez incroyable, les différentes strates et typologies de nuages donnent un relief et des couleurs à vous faire regretter Instagram et un bon #sunset.

Mercredi 9
Nous passons une nuit motorisée à 3 noeuds, rien à signaler à part la chaleur. Mais ce n’est rien en comparaison de la journée… Dès 9h il fait déjà chaud, allongé dans la bateau, vous êtes moite, collé au matelas. Dehors si vous êtes chanceux il y a un coin d’ombre sinon c’est le soleil qui tombe vertical implacable. Bien sûr il n’y a pas de vent, nous avons essayé le génois le spi mais rien ne remplace la fée diesel.
Quentin s’est à son tour essayé avec succès à la confection de pain! Le soir nous dînons d’une soupe et de tartines de terrines de sanglier. On se régale et on regrette l’absence de vin rouge, il faudra penser à remercier Alain qui nous a donnés trois pots de terrines fait maison.
Le soir, nous avons 10 noeuds de Sud Est, nous avançons au près. Prudence nous pousse à prendre un ris et changer pour notre petit génois. Si ce choix est raisonnable sur les premiers quarts, le vent est mollissant et la fin de nuit lente.

Jeudi 10
Au matin nous avançons sous voile, quand Guillaume aperçoit une trombe en formation sous le vent. Elle monte vers nous et grossit. Vite on affale le génois, la grand-voile, on sécurise le tout, le moteur tourne, on est paré! La trombe, elle s’estompe tranquillement, sous le vent sans nous toucher. Tout ça pour ça…
On repart sous voile, cap au Sud. Sortira t on aujourd’hui du pot au noir?
En tout cas, cela fait une semaine que nous sommes partis. Je crois que c’est une première pour nous tous. Cette vie en communauté est exigeante, 4 dans moins de 24m²… mais riche d’enseignement. Saviez qu’il ne faut pas mouiller sa brosse à dent avant le brossage? Personnellement, je l’ignorai.
On alterne entre le génois dès qu’on peut et le moteur lorsque c’est nécessaire… d’ailleurs on finit le premier de nos réservoirs ! Nous avions en Méditerranée fait nos calculs de consommation et de distance parcourue, on les valide, c’est rassurant. On se rassure aussi sur notre autonomie en diesel embarqué.il nous reste de quoi faire 320 miles (environ 600km) largement de quoi sortir du pot au noir, en théorie. 
Dans l’après-midi, le vent monte nous passons au près avec le petit génois et notre grand grand-voile au 3ème ris, le bateau remonte doucement mais nous sommes à plat.

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