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Notre transat sur Code Rouge: Deuxieme semaine

Vendredi 11
Je passe une nuit agitée avec une crise d’allergie, l’humidité du matelas, le lait en poudre, le boudin noir portugais sont les suspects. Guillaume assume le rôle d’infirmier avec brio, il me rassure, me donne un cachet de cetirizine, je ne dirai pas tout va bien mais ça va mieux.
Toute la fin de nuit et la matinée nous avançons à la voile, puis moteur par intermittence. Quelques orages nous passent, journée classique en somme. Le vent tombe avec la nuit, le moteur va de nouveau être sollicité. Petit pois carotte ce midi, purée saucisse le soir, on est à la cantine!
Soudain j’aperçois un évent et un deuxième ! C’est des baleines ou peut-être des cachalots on les rattrape on tourne autour, ils continuent leur route imperturbables. Ils plongent puis réapparaissent dans notre arrière on retourne les chercher. On se demande leur vitesse de pointe, leur capacités d’apnée, comment faisaient les chasseurs en barque, sont ils en train de dormir? Une belle rencontre néanmoins!

Samedi 12
En théorie, nous sommes sortis du pot au noir, effectivement il y moins de calme et nous avançons au près dans un vent qui parfois monte jusqu’à 20 noeuds mais en moyenne plutôt vers 10. Beaucoup de prises et de lâcher de ris, les quarts s’enchaînent. Nos journées s’écoulent jamais vraiment monotones jamais vraiment nouvelles. Nous progressons lentement aussi notre environnement change à la même vitesse. Hors quarts, chacun s’occupe, lecture, films, jeux vidéo, cela ressemble à un dimanche pluvieux à la maison. Heureusement quelques débats (chasse, tel acteur, existe il des nuages du matin et des nuages du soir…)viennent ponctuer ce temps qui passe, le plus souvent ils meurent de la limite de nos connaissances qui arrive assez vite.
Cette nuit un oiseau est venu se poser sur notre bateau! Il a commencé par se cogner contre les filières pour finir sur le bout dehors, l’endroit le plus accessible mais aussi le plus humide… il s’est installé et lors du quart de Quentin, il marchait même sur le pont.

Dimanche 13 
Cela fait deux jours que nous devrions être au travers dans 15 nœuds de Sud Est, et à la place nous avançons péniblement au près dans 10 nœuds de Sud Ouest, exactement notre direction. Je vais recharger une météo mais sans compter dessus ca fait deux jours qu’elle est aux fraises… Comme prévu, aucun modèle ne prévoit le vent qu’on a. Je vais finir par donner raison à Nicolas qui fanfaronne « de toute façon, la météo c’est de la merde, j’ai lu un bouquin d’un mec qui a fait cette route y a 50 ans, il a fait que du près ».
Dans la matinée je commence le nettoyage des coffres arrières, je vais devoir attendre qu’on vire pour finir. 
Je développe un rapport au temps assez étrange, tous les jours il faut trouver une réponse à : qu’est ce que je vais bien pouvoir faire aujourd’hui ? 
Enfin le vent a tourné, il est maintenant à 60° de notre route, on est toujours au près mais au moins on ne tire pas de bord. Et non il n’a pas rattrapé la météo, l’écart s’est amplifié au contraire. L.O.L. comme disent les jeunes.

Lundi 14
J’ai fini de nettoyer le coffre arrière, plein d’eau et de diesel…. il faudra vérifier quel jerrican fuit et refaire l’étanchéité des coffres.
L’après-midi est compliquée, nous avons eu une alarme sur le niveau d’huile du moteur, seulement pour refaire le plein et surtout le niveau il faut un moteur froid. On a donc attendu dans un trou de vent sur un mer hachée, pas le plus agréable. 
Le vent est monté dans la soirée et dans la bonne direction ! Nous pouvons faire cap au Sud Ouest dans une brise établie!
Nous assistons aussi à la chasse des fous de Bassans! Enfin d’oiseaux blancs, tête jaune et extérieur des ailes noir, je pense que c’est des fous de Bassans. Ils suivent Code Rouge qui fait office de rabatteur en faisant décoller des poissons volants. A ce moment, les fous plongent en piqué puis rétablissent pour tenter de rattraper le poisson. Superbe mais pas si efficace que cela même si en persévérant ils finissent par y arriver.

Mardi 15
Enfin! Une journée entière avec du vent d’alizé ( Sud Est 15 noeuds) avec des passages de beaux nuages qui le font monter à 20 parfois 25 nœuds.
Malgré un courant contraire (et forcément contraire à la théorie), nous avançons bien! 
C’est la journée du passage de l’équateur à 10h, que nous célébrons comme il se doit ou plutôt comme nous pouvons. Quentin officie en tant que Poséidon pour le traditionnel verre d’eau de mer, que nous rincerons avec un grog capverdien et la canette de bière rescapée que nous partageons tous les 4.
Nous continuons les réjouissances avec des pizzas ce midi et même des m&m’s en dessert! 
L’après-midi, les quarts se suivent toujours sous des passages forcissants. Nicolas fait le singe dans le mât pour aller récupérer le lazy jack (un montage poulie et garcette facilitant l’affalage de la grand-voile) ainsi qu’une drisse de pavillon au niveau des premières Barres de flèches. Le coffre arrière étant enfin « propre » et accessible je peux aller tester le vérin du pilote automatique. Il ne s’actionne pas, ce qui peut être une bonne nouvelle pour le calculateur ! Ce dernier est peut-être fonctionnel ? Réponse au prochain épisode… je le déloge et je verrais demain au sec ce qu’il en est!
A part ça, c’est la routine! Je crois qu’on a tous hâte d’arriver!
Normalement dans deux jours c’est Fernando de Noronha, une île réserve au large du Brésil. Cela coûte un bras (110e par personne par jour) mais bon ça doit les valoir. Bien entendu, aucun d’entre nous s’est penché sur la question. Qui vivra verra!
Nous finissons la journée avec une bouteille de vin en apéro suivi de pâtes l’huile et ail. Nicolas et moi évoquons nos amis parisiens, un de nos amis a annoncé son mariage, nous allons le manquer… Ils nous manquent bien sûr, nous regrettons de n’avoir pas fait de fête d’adieu. J’espère que la distance prise s’estompera au retour. Cela dit si je pense à un apéro vin fromage amis, je ne saurais lequel des trois me manquent le plus en ce moment!
Le vent est établi à 20 nœuds, nous avançons confortablement au travers sous 3 ris et petit génois à 5 noeuds.

Mercredi 16
J’ai assez mal dormi, l’humidité ambiante est vraiment désagréable, je n’avais pas du tout anticipé cela. Au réveil je sors le matelas et hisse la housse dans les haubans pour faire sécher le tout. On verra si c’est efficace. Encore 1 jour et demi avant Fernando.  Notre ordinaire se monotonise lui aussi, je « cuisine » une salade riz champignons maïs haricots verts thon, comme la veille…
Le vent monte, nous naviguons grand voile haute, petit génois et trois ballasts bâbord, nous filons quand même à 7 nœuds travers au vent. C’est un vrai plaisir de barrer, le bateau est gité mais stable, rapide et réactif. A l’intérieur, cela reste viable malgré la chaleur moite, il faudra penser à un système d’aération. Nous envoyons des draps dans les haubans pour les faire sécher. En fin d’après-midi, ça retombe je vide le ballast arrière mais oubliant de refermer toutes les vannes, les autres vont se vider pendant la nuit…
Dans la soirée, Nicolas tente d’échapper à un nuage, s’il esquive la pluie le vent lui l’a rattrapé, nous passons sous 2 ris (notre surface de grand voile est diminuée de moitié).

Jeudi 17
La nuit est rapide, sèche sauf embruns, au matin nous sommes à 50 miles de Fernando, et comme nous avançons toujours à 7 nœuds de moyenne, cela diminue rapidement. 
A 10h Guillaume prenant son quart repère le pic et les deux collines de l’île. Quentin, Nicolas et moi étions accaparés par le tanker qui nous passait devant…Cap dessus! Il reste 18 miles! 
On passe sous une première île, puis on déboule au milieu du mouillage et la surprise il y a facilement une centaine de bateaux… mouiller l’ancre va s’avérer complexe. Le tuyau de la pompe à ballast se déloge quand on essaie de les vider, résultat: des centaines de litres d’eau à sortir du bateau. Et il n’y a plus beaucoup de place, nous repérons un premier trou mais qui s’avère trop petit, on recommence et cette fois c’est la bonne!
Ca y est! Après 15 jours de mer, nous sommes au bout de notre transat. Il nous faudra galérer à ramer contre le vent pour toucher la terre mais les sourires sont larges lorsque nos pieds foulent le sable. J’avais presque envie de continuer mais le manque de lait, de chocolat, et de fruits est fort.
On s’installe à un bar pour déguster la Corona célébrant la fin de la transat, les formalités attendront. En annonçant un problème moteur et notre envie de repartir le lendemain, nous réussissons d’ailleurs à ne pas payer pour le mouillage ou le droit de passage sur l’île. On s’attendait à 100€ par jour et par personne alors c’est un soulagement bienvenu.
Le soleil se couche dans un autre bar avec vue, et nous découvrons la vie nocturne de l’île, il y a un planning des soirées tournants entre les bars, ce sera donc concert de reggae. Ca tombe bien c’est le style préféré de Nicolas… ou pas. Mais peu importe finalement, nous sommes restés confinés à 4 pendant longtemps, danser, parler avec des inconnus, se déplacer sur plus de 10m cela nous manquait.

Vendredi 18
Au réveil, Nicolas et moi partons découvrir l’île, Quentin part la découvrir à moto, et Guillaume se détend peinard. Fernando de Noronha fait 10km de long sur 3 de large, la moitié est un parc naturel où l’on ne peut rentrer sans guide, nous nous contenterons du reste! Au pied du Pico Morro (le point culminant un phallus rocheux de 300m), nous plongeons sur la plage de Boldro et la nous prenons une claque. Je n’avais jamais vu autant de poissons différents aussi concentrés, de toutes les couleurs (des arc en ciel bling bling au camouflage tacheté), de 5 cm à 1m, chacun avec sa nage. C’est un moment privilégié, une tortue se laisse accompagner sur 50m. En sortant de l’eau, j’éprouve un sentiment de joie profonde et de gratitude. Nous longeons la côte de plage en plage, la beauté de ses baies nous précède. C’est après 6h de balade (et une excursion illégale dans le parc mais chut!) que nous nous posons pour grignoter un sandwich et une glace pour 25€… Et oui vie sur l’île est très chère, la plupart des touristes sont des brésiliens très à l’aise. Difficile de trouver des bières bouteilles à moins de 4€. (On a le référentiel de prix qu’on peut)

Samedi 19
Nous repartons de Fernando! Chacun a su profiter l’île à sa manière ! Après un déjeuner saucisse frites sur la plage, nous relevons l’ancre et longeons l’île sous génois seul pour la contempler un peu plus. Il fait un joli temps pour partir, le vent est bon, le soleil haut, et le moral aussi. Vers 15h nous sortons des dévents de l’île, la grand voile monte sur le mât et c’est reparti pour le dernier saut de puce de notre transat.
Au bout de deux heures, sous l’influence du vent forcissant et de la nuit tombante, on prend deux ris. les premières nuits en mer ne sont jamais vraiment reposantes, il faut se réhabituer aux bruits à la gité et aux quarts.

Dimanche 20
La journée commence doucement, grasse matinée pour certain, chill sur le pont pour d’autres. En fin de matinée, nous remettons la gv haute et avançons à 6 nœuds vers Jao Pessoa en route directe, tout va bien a bord. Nous profitons des courses faites à Fernando pour déguster des sandwichs! Je dis bien déguster, nous étions tous en manque de pain, de fromage et de jambon!
Tout va tellement bien à bord que sous l’énergie de Guillaume, nous essayons de faire du wakeboard derrière le bateau. Après quelques essais de mise au point, nous sommes rodés  et c’est un plaisir de se faire tracter en mer à 150nm des côtes! 
Le soir, c’est saucisses purée, toujours les mêmes questions sur la quantité, soit disant je peux pas en faire trop… il en restera pendant 24h!
A 22h nous prenons deux ris pour la nuit, le vent qui forcit et aussi pour ne pas arriver trop tôt.

Lundi 21
Assez tôt, nous apercevons la côte ou plutôt la ville! C’est New York, il y a des dizaines de tours! Nous qui pensions arriver dans une petite ville…. Et on se retrouve face à un champ d’immeuble tout le long d’une grande plage.
Nous devons rentrer dans le fleuve pour atteindre la marina, mais le vent tombe et nous sommes devant le chenal … Très lentement, en tirant de nombreux bords, nous remontons la rivière et arrivons à la voile jusqu’au ponton! Je n’y croyais pas du tout jusqu’à la dernière risée (rasade comme dirait Quentin) adonnante qui nous permet de toucher quai!
L’accueil de la marina est excellent, Francis, Jean-pierre et Nicolas sont prévenants et organisés! Quels sont les formalités à faire, ou trouver ceci, cela, qui sont les bons artisans ils ont toutes les réponses! Et de plus la cuisine de Jean-pierre est succulente! L’après midi, il y a un gros chantier rangement nettoyage de fond en comble par Nicolas et moi! C’était bien nécessaire!

Je ne sais pas s’il y a une conclusion à tirer de cette traversée à 4 sur Code Rouge.
En tout cas, la prochaine fois, nous ne lésinerons pas sur les petits plaisirs culinaires, nous ne ferons pas d’apéro la veille d’un départ, nous nous documenterons sur les oiseaux, poissons, et étoiles que nous croiserons, nous aurons un système d’aération, ainsi qu’un pouf pour barrer poseyyy (Il parait que ca s’ecrit comme ca maintenant) et nous en profiterons pour faire d’autres nouvelles bétises.
Au niveau des soucis techniques, nous avons consommé un plein d’huile en 50h de moteur (c’est potentiellement très grave), nous avons une fuite de diesel sur le capot de la pompe d’injection (c’est pas très grave mais pas écolo), nous n’avons toujours pas d’anti-siphon ni de clapet anti retour (cela peut être grave mais le risque d’occurence est faible). Bien sur notre pilote fait des siennes de nouveau, le verin fuit de l’huile et le calculateur a de nouveau un court circuit, comme à l’arrivée à Las Palmas… Notre GPS a un court-circuit. Notre capot avant et notre pied de mât ne sont pas étanche (et non ca ne facilite pas l’aération), 2 de nos chandeliers doivent etre refixés.


La suite au prochain numéro!


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Notre transat sur Code Rouge: Première semaine

Mercredi 02 le départ
Réveil de très bon matin pour regarder la france battre les usa au rugby, toujours un plaisir. Nous avons tous un belle gueule de bois après une chouette soirée d’au revoir. D’abord nous avons reçu les français sur notre bateau, Alain et ses drôles de dames, Michel et son équipier(?), Bernard et un ouessantais, les deux vieux loup de mer ou piliers de bar (est ce que l’un implique l’autre?). Un première partie de soirée se passe avec terrines,vin et saucisson, ambiance de partage sympathique même si Nico et moi avions la moitié de la moyenne d’âge du reste du groupe. Pendant ce temps, Guillaume et Quentin ont préparé la deuxième partie de soirée. Ils nous rejoignent sur la fin au moment où le dernier invité nous parle de ces soucis gastriques qui risquent de précipiter un retour en France. Énorme fou rire de Quentin qui avait une discussion d’une toute autre teneur avec nos voisins italiens! Ces derniers se joignent à nous pour la suite de la nuit. Il y a Guilio dit Veccio le capitaine cheveux blancs large sourire l’assurance et la classe italienne, il t’adresse un mélange d’italien et d’espagnol sans se soucier de ta compréhension. Avec lui, son équipier peu bavard ne parlant qu’italien et Pere un bateau stoppeur de Malaga qui voyage avec eux depuis les Canaries vers le Brésil. Les conseils avisés de Vecchio sur le littoral brésilien (et les femmes brésiliennes) tout cela se mêle et s’arrose des dernières bières et bouteilles de nos bateaux respectifs. La nuit nous emmène jusqu’à des incroyables spaghettis pesto servis par le chef Veccio pour conclure une belle soirée! La prochaine fois nous ferons ça l’avant veille du départ… Le matin donc et malgré le souvenir persistant de l’éthanol ingéré, nous faisons les dernières courses, les derniers au revoirs téléphoniques et laissons à Guillaume le temps de revenir dans la course! Attention pour la caméra, moteur et action! Nous partons pour (on l’espère) deux semaines de transat vers Recife au Brésil. Sortie de la baie, on hisse la grand-voile puis le génois, je lance déjà un « on envoie le spi? », l’équipage avec raison modère cette ardeur peu prudente après 3 semaines à terre et peu de sommeil en réserve. Je m’installe néanmoins à la barre sous génois, ca file en papillon sous 15 noeuds de Nord, on slalome entre les îles de Sao Vincente et Santo Antao. Puis nous nous retrouvons dans la pétole… le pot au noir déjà? Les fichiers météo ne prévoyaient pas cela du tout (de la science-fiction tout cela clame Nicolas) et en plus le pilote qui marchait en début d’après-midi fait de nouveau des siennes… On réunit le conseil d’équipage sur fond de calcul d’autonomie en eau, en diesel, de quart sans pilote finalement on décide de continuer mais pas de moteur tant qu’on est pas au pot au noir. On dérive puis dans la nuit le vent revient.

Jeudi 3
Après une nuit bien méritée et surtout nécessaire, une nouvelle journée s’annonce sous de meilleures auspices. Nous avons une brise faible mais suffisante pour avancer à 4 nœuds, tantôt au sud, la plupart temps à l’ouest. Ca tombe bien, c’est notre intention de faire de l’ouest jusqu’au méridien des 27°W. A cette longitude, le pot au noir semble plus serré et c’est dans cette zone que tout le monde passe (les coureurs du Vendée Globe, de la transat Jacques Vabre, nos pairs quoi!). Nous essayons de diagnostiquer le pilote mais pas de souci jusqu’à la sortie de la carte puissance… nous utilisons notre joker « envoi d’un mail à un ami » et attendons la réponse de SMCC. Pour nous consoler, Nicolas nous mijote une purée saucisse pimpée à la soupe d’hier et aux oignons!

Vendredi 4
Du vent d’Est bien établi qui correspond aux prévisions, une matinée nuageuse qui ménage notre peau, que demande Code Rouge? Le spi est sorti, le cap est mis au Sud et les sourires fleurissent. Il y a une telle ambiance printanière que Quentin fait une lessive! Dans la foulée sous son quart, nous pêchons non pas un, ni deux, mais bien trois poissons de taille et famille différentes mais nous sommes bien incapables de les distinguer… sont-ils comestibles ? Réponse demain! Après pêche durable avant tout, nous enlevons les lignes, ce n’est pas la flemme ou la fatigue des affalages et renvoi de spi qui raisonne ce choix non non. L’après-midi s’écoule à belle vitesse sous spi. On retiendra la courge achetée à mindelo qui nous offrit un déjeuner et un dîner presque gourmets. La nuit tombe vite, on affale le spi avec habitude et dextérité. Elle s’écoule de quart en quart sous les étoiles qui disparaissent parfois sous des nuages libérant ça et là des éclairs.

Samedi 5
Le vent est légèrement tombé et a tourné vers le Nord, cela ne nous arrange pas mais ce n’est pas handicapant non plus. Un petit test moteur nous fait ouvrir le capot et resserrer les injecteurs, on rallume et… ouf le bruit qui nous avait inquiété a disparu!
On referme et on renvoie le spi! Comment ça on se répète ? Effectivement cette journée ressemble à la précédente, néanmoins c’est agréable. Code Rouge file à 6 nœuds vers le Sud, on croise les doigts pour un pot au noir étroit!
Le soir Nicolas se lance avec brio dans la confection d’un pain, cuisson à la cocotte puis poêlé pour faire une croûte. C’est tellement réussi qu’il va prendre la confiance et dans la foulée, tenter le gâteau au chocolat, nous avons trouvé notre boulanger pâtissier!

Dimanche 6
Ca y est cela commence! Au premier changement de quart le matin, le vent forcit d’un coup et la pluie tombe en trombe.
C’est les grains du pot au noir! Nous y sommes.
Quentin Guillaume et moi, nous commençons donc la journée par une bonne douche, le bateau comme trois de ses occupants retrouvent un aspect plus présentable. La journée s’écoulera en alternant les douches et les bains de soleil, parfois au moteur, parfois à la voile. On fait une lessive, on étend, cela sèche puis on se fait surprendre, c’est de nouveau trempé… Il y a une fuite au pied de mât, les savons entreposés à cette endroit ont pris l’eau, ainsi que leurs voisines les lentilles… au menu ce soir, petit salé aux lentilles! On se régale et en plus il y en aura pour demain. La nuit se passe calmement au moteur.

Lundi 7
Vers 9h sur mon quart, on retouche du vent. Le génois monte, et en-avant, Code Rouge prend sa gîte et descend au sud à 4 nœuds. (Plus ou moins 8 km/h, on irait plus vite en courant mais on manque de foi). Au bout de 2h, un nuage s’approche, je demande à prendre un ris et on fait bien car 5′ plus tard le vent monte sous le nuage à 20-25 nœuds avec bien sûr une pluie bien fournie. Cela est de courte durée mais on fait bien de rester vigilant! 
La journée s’écoule doucement, les menus dictés par la conservation des aliments. Un de nos sac à patates subit l’attaque de la moisissure ? Bim, c’est l’occasion d’essayer une tartiflette dans la cocotte! 
Pour varier, on change d’heure et on inverse nos quarts, d’un coup c’est dur à suivre! La nuit commence par deux heures de douche au moteur pour Hubert et finit par Guillaume faisant du près vers le sud-est.

Mardi 8
Hier, on a installé la gopro pour prendre une timelapse de notre journée, on verra ce que cela donne! 
La météo est toujours très changeante, mais le modèle européen nous prévoit l’enfer un pot au noir qui se déplacerait avec nous jusqu’à dimanche prochain… les météorologues américains sont plus optimistes, pour eux jeudi midi nous sommes tirés d’affaires. Nous sommes rentrés dans la Zone de Convergence Inter-Tropicale dimanche matin à la latitude 12°15.4N, nous sommes maintenant 180 miles plus au sud, et ce serait la moitié ? En fait il y a une dépression tropicale en formation dans notre Nord Est, et cela crée un appel d’air élargissant le pot au noir. Quand en verrons nous le bout?
On envoie le spi pour profiter d’un flux propulsant Code Rouge à la folle vitesse de 3 nœuds. On affale pour éviter un nuage et on renvoie pour s’occuper. Nous subissons encore une fois un coucher de soleil assez incroyable, les différentes strates et typologies de nuages donnent un relief et des couleurs à vous faire regretter Instagram et un bon #sunset.

Mercredi 9
Nous passons une nuit motorisée à 3 noeuds, rien à signaler à part la chaleur. Mais ce n’est rien en comparaison de la journée… Dès 9h il fait déjà chaud, allongé dans la bateau, vous êtes moite, collé au matelas. Dehors si vous êtes chanceux il y a un coin d’ombre sinon c’est le soleil qui tombe vertical implacable. Bien sûr il n’y a pas de vent, nous avons essayé le génois le spi mais rien ne remplace la fée diesel.
Quentin s’est à son tour essayé avec succès à la confection de pain! Le soir nous dînons d’une soupe et de tartines de terrines de sanglier. On se régale et on regrette l’absence de vin rouge, il faudra penser à remercier Alain qui nous a donnés trois pots de terrines fait maison.
Le soir, nous avons 10 noeuds de Sud Est, nous avançons au près. Prudence nous pousse à prendre un ris et changer pour notre petit génois. Si ce choix est raisonnable sur les premiers quarts, le vent est mollissant et la fin de nuit lente.

Jeudi 10
Au matin nous avançons sous voile, quand Guillaume aperçoit une trombe en formation sous le vent. Elle monte vers nous et grossit. Vite on affale le génois, la grand-voile, on sécurise le tout, le moteur tourne, on est paré! La trombe, elle s’estompe tranquillement, sous le vent sans nous toucher. Tout ça pour ça…
On repart sous voile, cap au Sud. Sortira t on aujourd’hui du pot au noir?
En tout cas, cela fait une semaine que nous sommes partis. Je crois que c’est une première pour nous tous. Cette vie en communauté est exigeante, 4 dans moins de 24m²… mais riche d’enseignement. Saviez qu’il ne faut pas mouiller sa brosse à dent avant le brossage? Personnellement, je l’ignorai.
On alterne entre le génois dès qu’on peut et le moteur lorsque c’est nécessaire… d’ailleurs on finit le premier de nos réservoirs ! Nous avions en Méditerranée fait nos calculs de consommation et de distance parcourue, on les valide, c’est rassurant. On se rassure aussi sur notre autonomie en diesel embarqué.il nous reste de quoi faire 320 miles (environ 600km) largement de quoi sortir du pot au noir, en théorie. 
Dans l’après-midi, le vent monte nous passons au près avec le petit génois et notre grand grand-voile au 3ème ris, le bateau remonte doucement mais nous sommes à plat.

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Chapitre I

  • Achat du bateau

Ca fait un bout de temps qu’on en parle, depuis 2014 à Paris. Dans un groupe d’amis de Parisiens, on est 3 à aimer la voile. Hubert, Burger et moi. Burger vient de se faire virer, moi je prendrais bien l’air, mais pour Hubert ce n’est pas le moment. Juillet 2018, mariage d’amis, on en reparle, Hubert est chaud, alors moi aussi. Burger est devenu papa, alors bon, pour lui c’est terminé. 

Hubert est très très chaud, c’est l’élément moteur. En Août déjà il a repéré des voiliers et commencé des visites en Bretagne. En septembre on construit un tableau excel (Hubert est très trés tableau excel) et on se donne rendez-vous tous les mardis en visioconférence (avec Burger qui nous aide à chercher, ca fait plaisir, et un quatrième, Buchette qui aime nous regarder débattre). On cherche un voilier type grand voyage car on rêve d’un grand voyage, mais on ratisse large. Ma première tournée commence par un voilier un peu cher, pas en alu, pas équipé grand voyage et construction amateur, tout ce qu’on ne veut pas. Mais il est beau et racé. Moi la vitesse ne me paraît pas être primordiale contrairement à Hubert, mais le vendeur est à Port Saint Louis du Rhône (PSL pour la suite) place forte du voilier d’occasion. Direct, il fait envie, il est rouge avec un pont blanc, la peinture est neuve, les formes sont superbes, l’intérieur spartiate mais accueillant. Le vendeur nous vante ses qualités de construction et d’entretien. Je suis conquis. Hubert va le visiter, on est conquis. Il reste cher, on négocie, le prix devient acceptable. Accord de principe, expertise, virement. C’est dans la boîte. On est drôlement content, et beaucoup moins riche. Mais il faut un nom. On n’a pas d’inspiration. On veut un truc en rouge. Je m’oppose à “Rackham le rouge”, car l’idée d’imaginer Pujadas annoncer que “le voilier Rackham s’est fait attaqué par des pirates” au JT me fait honte. J’avais Ravanel le rouge, l’alpiniste, mais ca ne parle qu’à moi. Alors début novembre c’est un peu la panique au moment de signer les papiers, et on tranche: ça sera “Code Rouge”. Ça y est, on est propriétaire. 

“Les deux plus beau jour d’un propriétaire de bateau, c’est le jour de l’achat et celui de la revente” 

  • Préparation

Le bateau est prêt å naviguer, on se programme une semaine de vacances début décembre. Yogi l’ancien propriétaire est d’accord pour venir une journée. C’est sympa, et ça nous rassure aussi: ça prouve qu’il n’a rien à cacher et qu’il aime son bateau. Entre temps on cherche parmis nos amis deux coéquipiers pour nous accompagner sur le grand voyage. Ca ne court pas les rues, mais Guillaume, le frère de Hubert est motivé bien que n’ayant presque jamais navigué. Ce sera notre benjamin avec ses 26 ans, car le dernier c’est Quentin, pote de promo d’Hubert, trentenaire aussi donc. Il a les cheuveux long et nous met une bonne tête, le bateau est bas de plafond mais il fera avec. La croisière commence donc à merveille avec un super bord sous spi à 9 noeuds. On pose Yogi chez lui à La Ciotat après une autre journée ensemble pendant laquelle il a prit le temps de nous montrer ses photos de jeunesse Allemande rock and roll des années 80. La cinquantaine, un accent allemand et 10 vies en une, il est attachant et sacrément expérimenté, ca nous rassure bien. Mais sans lui les emmerdes commencent. Les ballastes ne marche déjà plus alors que la veille on a eu aucun souci avec lui. Sur une prise de ris on met un coup de moteur, et hop! on coince une drisse dans l’hélice. Rien de cassé mais une belle frayeur de tout arracher.

On pose le bateau à Gruissan. On se fait des we travaux avec Hubert, mais c’est l’hiver et on veut aussi profiter de la neige. D’ailleurs Hubert s’est acheté des skis de rando, et on se dit qu’on pourrait les prendre car on prévoit de passer en Patagonie l’été prochain. On y croyait encore, naïfs et pleins d’espoirs. Il y a pas grand chose à faire : ça n’avance pas vite. En même temps sur un we on a pas beaucoup de temps et à Gruissan il y a toujours trop de vent (même couper une planche devient une mission), ouais et puis aussi on n’y connait rien. En fait on n’a jamais bricolé sur des voiliers et d’ailleurs pas beaucoup de façon générale.

L’assureur que l’on trouve nous demande de changer le gréement si on veut du tout risque. Ca peut valoir la peine, allez !! on sera plus serein. Le devis le moins cher c’est Benoit a PSL qu’on avait déjà rencontré, alors c’est parti pour le changement de gréément. Début Avril c’est la fin du boulot et on amène le bateau chez Benoit.

Faut s’imaginer PSL: des usines désaffectées partout, la camargue, des port hors d’eau avec des bateau hors d’âge. Nous on sera sur le quai de Benoît, dans la zone industrielle, au milieu des pêcheurs. Le gréement a un peu de retard, un mois. Et puis quand il arrive, il n’est pas à  la bonne dimension, et il nous faut le renvoyer. Mais il revient enfin et on le monte sur le mât grâce à une grue vieillissante (archaïque?), et en vissant on réalise que c’est toujours pas bon. Voila. Et cette petite danse 3 fois…

On arrive mi juin. C’est bien on a eu le temps de bricoler, de faire des conneries, de les réparer, et de se rendre compte que tout ça prenait plus de temps qu’on avait pu l’imaginer. Ne pas naviguer à PSL, à 4, dans 10 m², avec les moustiques, les arabies (c’est des moucherons qui mordent)… c’est pas facile tous les jours (quelques prises de tête pour s’apprivoiser et décider du trajet) Mais on s’est fait des bons amis, des bonnes virées festives à Marseille et Montpellier et du Kite. La-dessus Quentin et Hubert ils touchent (quand on y connait rien ca impressionne du moins), moi je m’y suis mis (ca veut surtout dire que je me suis ruiné en matos, entre ça et les achats pour le voilier, jamais l’alpinisme ne m’a parut un sport si bon marché). Guillaume lui s’est mis au basket (il était déjà un spectateur assidu) et il nous garantit qu’un jour il dunkera sur le cerceau au milieu de l’usine désaffecté voisine (on attend toujours mais on n’est pas pressé).

La grand voile arrive enfin (3 mois de retard, et ca fait 2 mois qu’elle doit arriver “en fin de semaine”) avec un lot de stress pour la dimension forcément, mais c’est bon et elle est superbe. C’est un beau cadeau de la mère de Guillaume et Hubert. L’ancienne était très abimée et comme le mât avait été raccourci (il y a longtemps par Yogi), elle avait en permanence un ris de pris et il nous en restait deux disponibles, c’était limite après 30 noeud établi (testé en décembre). 

  • Départ – Gibraltar (1er juillet 15 juillet)

J’appelle Blond, un ami qui veux faire les 2 premières semaines avec nous: “Dis à ton patron que ce coup-ci tu ne vas pas repousser tes vacances, on est prêt, départ le we du 29/30 juin”.

Xavier, le père d’Hubert et Guillaume nous accompagne aussi pour la traversée aux Baléares. 

Samedi après midi, on sort avec Benoit pour tester la voile, on le pose en ville, c’est la teuf a PSL (l’été a l’air plus fun que le printemps), pizza bière et on y va. Sur le quai désert de la zone industrielle (où l’on passé reposer un ami) Quentin se lance dans un discours qui promettait d’être émouvant “De par ces amarres que simplement nous lâchons, pour bien longtemps c’est la France que nous quittons. Et je voudrais vous dire …” (j’ai mis des alexandrins pour la forme) Mais tout le monde est à la manoeuvre, pas le temps de s’émouvoir, c’est parti. 

Départ de nuit, cap à l’est suivant le GPS pour sortir de la baie. Il devrait y avoir une bouée devant sur tribord, mais a force de la chercher on la trouve sur bâbord. Les cartes GPS ont 20 ans, ont a failli se payer le banc de sable de PSL… Le dimanche on est donc en mer, pas trop de vent, mais plein de poissons, thons ou bonite qui suivent et bondissent autour du bateau. On a acheté du super matos de pêche à un ami d’hubert (je vous dis pas le prix, c’est indécent), alors c’est parti ! Non rien, absolument rien (et depuis toujours rien à part un micro poisson au mouillage à la ligne dans une réserve naturelle). Par contre on a le droit au plaisir des yeux, dauphin à l’étrave et balène qui viennent souffler tout proche de nous. On test aussi le wakeboard avec une planche de kite, ca marche un peu avec le moteur est a fond.

Arrivée à Mahon mardi midi. On n’a pas battu de record de vitesse, mais on n’a pas pas eu beaucoup de vent. La soirée commence par l’éternel débat du “on va ou après et quand ?”. Hubert et moi on veut se plutôt se dépêcher (pour arriver loin rapidement, on a assez perdu de temps), Quentin ne veut pas sacrifier les belles choses à voir et faire. On trouve un compromis en partant le lendemain pour Ibiza (après le départ matinal de Xavier qui nous quitte pour l’aéroport) On arrive sur un joli mouillage à l’est d’Ibiza vendredi à 3h du matin. Puis on part pour Santa Eualia, jolie petite marina à 170€ la nuit (pour comparaison Las Palmas c’est 10€). Ensuite c’est vraiment pas fou, mais bon on fait la fête quand même (à ce prix la faut profiter). Le lendemain c’est Formentera, mouillage immense, avec des bateau immense, et une plage immense. On arrive trop tard pour le kite. Baignade, footing, restau. Hubert et moi on n’est pas rassuré de laisser le bateau trop longtemps hors de vue avec le vent. On laisse Guillaume et Quentin qu’on récupère en pleine forme le lendemain au petit matin. Départ sous petit vent le long des falaises direction Malaga (sur la route de Gibraltar). Le jour d’après, on mange du prés, le bateau tape et gite, ca fatigue. Une douleur se réveille dans le pied de Guillaume (les heures de skateboard ? les entraînements de basket ? la danse en plein désert ?). On se fait une pause à Carthagène mais le médecin n’a pas de remède miracle. Sinon la ville est sympa et cet arrêt nous fait du bien. On repart le lendemain direction Malaga où Blond à son vol. Nav au portant bien tranquille, un peu de spi, il fait chaud, pas mal de baignade. Blond impose sa nudité, qui fait des émules. Malaga, jolie ville, deux nuits au port et une au mouillage, Quentin y retrouve une amie, et on repart direction Gibraltar. La nav de nuit sous le fameux rocher est surprenante de vent irréguliers au milieu des cargos. On se fait surprendre une fois, on réduit, on laisse Hubert à son quart. Contre vent et courants, ça remonte mal, par gentillesse il se refuse à nous faire partager la déprime et barre seul toute la fin de nuit avec des bords carré (200 mètres en 2 heures). On se réveille du bon côté du rocher. Première journée côté Anglais, petit déjeuner anglais, visite du caillou et on découvre qu’il y a plein de singes (enfin tout le monde le sait qu’il y a des singe à Gibraltar sauf nous).

  • Gibraltar – Las Palmas 

On déplace le bateau côté espagnol. Quelques bricolages et provisions, une amie de PSL nous rejoint pour deux semaines. Et départ direction ..? Encore le même débat. Le compromis c’est 2 semaines au Maroc, Quentin a des amis en vacances à Essaouira, et après on sacrifiera les Canaries en ne s’y arrêtant le moins possible pour profiter du Cap Vert. Première escale à Rabat, ou l’arrivée sur la rivière au pied de la citadelle, des centaines de gens sur terre et dans l’eau, nous fait grande impression d’accueil. L’impression n’est pas renouvelée aux douanes qui nous saisissent le drone, c’était prévu mais on a toujours une appréhension sur sa récupération. Ici pas de grande soirée car pas tellement de bière, mais les deux villes de Rabat et Salé sont bien sympa et on fait comme tout le monde, c’est à dire acheter des trucs. Du textile en majorité, 7 chemises à 7 euros pour Quentin, Hubert et moi on achète des Djelaba (moi 4 fois plus cher et au vu de son utilisation c’est pas l’affaire du siècle). Hammam massant (enfin, “massant”, disons “rapant”, c’est traditionnel mais ca fait mal). Un peu de surf (mais c’est pas encore fameux cette histoire). On rencontre deux bateaux de famille française sympa qui naviguent avec leurs enfants. Nous embarquons le père d’une des familles, Audran, pour Agadir car il a envie de naviguer et son voilier reste à quai encore un bout de temps (ils sont installé et travaillent quelques mois au Maroc). Oui Agadir car en fait Essaouira c’est paraît-il trop compliqué de mouiller (et pas de port). De là après un peu de bricolage, on rencontre Henry Dan, le gars doit avoir 70 ans, a un bateau de régate hallucinant qui manipule seul avec des pointe a 30 noeud, grimpe beaucoup, est ancien pilote de formule 2 professionnel, fan de moto … Bref la fureur de vivre ! Bon nous on loue notre petite logan, on y entasse le matos de kite et direction Essaouira le paradis du kite. Bon en fait il y a plein de grosses vagues, donc pour ma part c’est plutôt difficile comme paradis. Coté vent on ne s’est pas moqué de nous, ca souffle, effectivement le mouillage c’était pas gagné. Guillaume lui c’est plutôt surf. Notre amie repart en Suisse, Hubert et moi on va se balader dans l’Atlas, Guillaume rentre se poser à Agadir et Quentin rester kiter avec ses amis. Que c’est bon la montagne, fatiguer simplement en se faisant mal aux jambes. La première montée en plein cagnard après des heures de stop est faite trop rapidement (j’avais les crocs perso, comprenez, un printemps d’alpi sacrifié à attendre un gréement). On dort dans le froid (le tapis de sol d’hubert se crève..), puis le matin on est seul sur des crêtes facile, le kiff. On se retrouve tous les 4 à Agadir, départ pour les Canaries. 

Ca commence sans vent et avec plein de houle, pas l’idéal pour mon estomac après 2 semaines de pause. On arrive à Lobos, on y retrouve l’autre famille rencontré à Rabat, Nolwenn, Allan et leur petite fille, soirée super sur leur bateau qui fait la même taille que le nôtre mais semble 3 fois plus spacieux à l’intérieur (les architectes ont fait des progrès on va dire). Petite visite de l’île volcanique très touristique. Tentative de kite depuis le bateau pour Quentin et Hubert (manip complexe jamais testée), mais le vent se fait la malle alors nous aussi, direction Las Palmas en une superbe nav à 8 noeuds qui nous fait arrivée au petit matin blême. 

C’est la place forte des départs de transat, alors il y a plein de shipchandlers, et comme au cap vert il n’y a pas grand chose, ca va bricoler. L’idée c’est de partir après une semaine. Ca commence par des travaux sous la coque, nettoyage, recoller un joint, changer un anode, réparer une accro sur le safran… Puis les poches à eau ajoutées à PSL qui fuient, ok. Et puis la centrale de nav qui nous indiquent plus ni vitesse (pas trop grave et pas réparable) ni profondeur (plus gênant, mais un électronicien nous trouve la solution en 2 minutes). Ca avance pas mal, mais il reste le pilote. Quoi le pilote ? Ha oui c’est vrai que dans la dernière nav il n’a pas marché. C’est surement un petit souci… En parallèle on rencontre Julien, un jeune sur un vieux bateau en acier qui transpire la bricole et la débrouille (par exemple, les filières sont des chaînes de mouillages soudées). Avec ses amis (absents en ce moment) ils font des spectacles aux escales, les gentils hommes et mesdames de fortune. On rencontre aussi Manu Common et sa femme. Retraité heureux sur un catamaran dont l’immense carré extérieur est idéal pour des apéritifs qui se prolongent. Manu nous conseille de changer l’huile du vérin du pilote. C’est pas facile, ça nous prends deja 2 jours. Ca ne marche pas plus. On trouve un spécialiste allemand (ici aussi en vacances et qui arrondit ses fins de mois à 40 euros de l’heure). Il nous annonce que la bobine (électrovanne) qui contrôle l’entrée de l’huile dans le vérin est morte. (si les explication technique vous barbent, veuillez vous rendre directement au chapitre suivant). On fait 10 magasins, rien. Un shipchandler nous trouve la bobine en Angleterre, mais beaucoup de délais et 300e. L’allemand nous conseille de mettre une autre bobine un peu différente “aber es ist gut”. C’est beaucoup moins cher et dispo, on tente. Petit tour en mer pour tester et recalibrer le pilote. Ca marche à l’envers. Retour au port, on inverse les polarités, rien. L’allemand revient, et là, plus rien ne marche. A priori c’est le calculateur (sorte d’ordinateur) du pilote qui est en cause. Les spécialiste du coin (le même qui nous avait sauvé la centrale en 2 minutes) nous informe qu’il ne peut rien faire. Le fabricant B&G nous renvoie vers une boite française à Saint Michel Chef Chef (SMCC dans la suite du récit, on n’est pas payé à la ligne). C’est soit leur envoyer le calculateur, soit un neuf a 3000e. L’autre possibilité c’est d’en faire un nous même à partir d’un ordinateur miniature (un Raspberry), des composants électriques divers et un programme informatique dispo en ligne. Cette piste est menée de front de celle de SMCC. On envoi le calculateur a ces derniers. En attendant leur réponse, on galère sur l’électronique. Quentin attaque le sujet à bras le corps mais c’est plus compliqué que ça en avait l’air. En particulier il faut des composants qu’on ne trouve pas ici (le contrôleur du moteur surtout). SMCC nous informe que c’est 500e et une semaine de délais (transport postale). On choisit de se le faire envoyer au cap vert ainsi que le contrôleur pour la piste DIY, et de partir au plus tôt.

Las Palmas – Cap Vert

Enfin le départ le jeudi 5 septembre après 26 jours au port, on est bien content de partir. Météo parfaite, ca souffle entre 10 et 20 nds pile dans la bonne direction. Forcément, on n’a pas de pilote, alors on barre. Quart de 2h avec un quart commun entre midi et 14h pour que chaque jour on change de créneaux horaires. Le routage nous fait faire 2 grands bords au largue avec un empennage vers Dakhla au Maroc. Beaucoup de spi asymétrique, et de temps en temps on le met en symétrique avec le tangon. Là quelques beaux cocotier pas facile à démêler, puis avec un exercice d’homme à la mer (après révision des glénans) qui finit presque en catastrophe pour notre pauvre spi. On y perd une écoute (avec son joli et cher mousqueton d’attache rapide). Sans pilote, on ne peut plus bouquiner la nuit, c’est donc des podcasts et des livres audio qui nous accompagnent. En passant près du maroc, on est entouré de bateau de pêche, on croit en notre ligne, et là ! une prise enfin ! On l’épuise, on remonte la ligne, ca force, on le voit, c’est un beau thon, il est juste au pied du bateau !! Et hop disparu… Ca n’a pas cassé, on est juste tombé sur un malin. Mais le lendemain matin, Quentin est à la barre quand je remarque derrière un poisson qui traîne à moitié mort sur la ligne à maquereaux. Première prise, très bon mais comme on n’y connait rien, on ne sait pas ce que l’on mange. Espérant qu’il soit le premier d’une longue lignée, Hubert demande à le nommer Clovis. Le même jour on remonte Pépin de Bref et Charlemagne (ce dernier sur la canne a 400e, enfin utile), Hubert a surement raccourci l’histoire de France, mais aucun de nous n’a su combler les trous. La chaleur est écrasante, nos Djellabas sont bien utiles pour les quarts de mi journée. Une nuit en voulant vider les ballasts, impossible de démarrer le moteur. Le lendemain on ouvre et on voit de l’eau de mer qui sort du filtre a air. Pas bon signe. On se dit même qu’il est mort, c’est la déprime. Le professeur de mécanique de Quentin (contacté par iridium) nous conseille de mettre de l’huile dans les injecteur pour éviter la rouille, et nous redonne espoir.

Arrivée à Mindelo le mercredi 11 à 9h sous voile après 6 jours. Manoeuvre de port folklorique aidé par les zodiacs de la marina. Enfin on est arrivé c’est principal. Au travail !

Pas de nouvelle du pilote, on commence par le moteur. On vide bien l’eau, on nettoie au maximum l’intérieur par les injecteurs, on teste et Ô miracle, ça marche. Par contre on ne connaît pas la raison de l’entrée d’eau. Alors on met un clapet sur l’échappement, une vanne quart de tour sur l’entrée, et on achète un anti siphon mais on ne trouve pas le bon tuyau. Ce dernier attendra le brésil. 

On rencontre Benoît sur un catamaran qui repart vers le Sénégal où il passe des mois dans les milliers de kilomètres de méandre de rivières qui ont l’air magnifique. Michel sur un petit voilier alu qui vient pour la deuxième fois et qui joue de malchance entre équipiers et santé.

Coté pilote, c’est ubuesque, on apprend qu’il est reparti en France. En discutant sur les pontons on apprend qu’ici c’est compliqué, très compliqué. Un retraité Suisse sur son vieux bateau en ferrociment nous explique qu’il a mis 6 semaines pour faire venir des joints de Praia (la capitale du cap vert, sur une autre île) à Mindelo. On se dit qu’en attendant on peut aller se balader à San Antao, l’île voisine qui est parait-il magnifique. Sur place on apporte des médicaments donné par Benoit pour un français de 23 ans vit sur place depuis 3 mois, Lilian vit et voyage sans argent depuis 3 ans, depuis sa renaissance à la vie. Bref un sacré personnage très intéressant et qui connaît parfaitement l’île. Il nous offre des conseils et nous passons 5 jours superbes sur cette île très verte et très montagneuse, avec des chemins pavé large de 2m qui serpentent dans les falaises. De retour à Mindelo on est content de retrouver le bateau intact, on l’avait laissé au mouillage (car gratuit), c’est une première toujours stressante.

C’est donc reparti à la poursuite du pilote. UPS ne réponds pas, la poste ne sait rien, c’est une entreprise de transport local, dont l’un des employé, Paulo nous vient en aide. On fait avec lui le tour de la ville, il passe beaucoup de coup de fils et enfin, on reçoit le colis par avion, dans deux sac plastique. Le lendemain on monte donc le calculateur, suspens, et … rien. Dépression. On bidouille des fils, et là ca marche un peu, on est revenu à la panne de las palmas… Dépression. En même temps on test le moteur car sur le retour du mouillage il a fait un drôle de bruit. Une grosse fuite d’air au niveau d’un injecteur, un joint de mort, impossible a trouver ici … Dépression. Mais on re bidouille encore le pilote, et la ca marche !! Victoire ! On bricole un joint avec un caoutchouc qui nous a donné Michel, ca marche !! Victoire. On fait un tour en mer pour tout calibrer, ca marche !! Victoire ! On va pouvoir partir enfin ! Quelques courses et c’est bon. On remarque que la coque est couverte de coquillage alors qu’on avait tout nettoyé durant des heures à Las palmas. Il faudra refaire l’antifouling au Brésil. La météo est correcte, ca va pas être violent et on risque de faire beaucoup de moteur. Ce soir un apéro avec les amis du port, dont Alain un voisin retraité (il n’y a que ca en mer) avec 4 demoiselles de son âge (l’une est quand même sa femme) et le voisin italien gérant de boîte de nuit à Ibiza, qui forcément aime la fête. Demain le match de rugby (France – USA) à 7 h, et hop le grand saut.